Les blancs de l’Algérie ou comment « panser » aujourd’hui l’héritage colonial ?

Lamya TENNCI (Auteur)
53 – 64
Dynamiques africaines : racines et horizons. Tome 2: dynamiques historiques.
N° 03 — Vol. 02 — 30/06/2026

En écrivant Le trauma colonial. Enquête sur les effets psychiques et politiques de l’offense coloniale en Algérie, Karima Lazali[1], psychanalyste, auteure de La parole oubliée (Erès, 2015) et lauréate du prix Œdipe des libraires 2019, nous invite à une plongée dans les méandres de l’intime, du subjectif et du politique. Le malaise éprouvé par ces patients en Algérie comme en France, pouvait révéler cette part obscure de l’histoire coloniale de l’Algérie dont tout a été fait pour préserver et perpétuer ces zones d’ombre. « L’histoire, écrit-elle, est ainsi amputée et les sujets sont interdits de visiter les recoins de leurs histoires familiales, souvent complexes, pleines de nuances et de subtilité » (Lazali, 2018, p. 9).

Ce brouillage complexe dans les individualités, traversé par un collectif malade et abimé par un mal qui peine à dire son nom, et qui se laisse porter par des injonctions politiques, sociales, familiales et religieuses, interdit au sujet d’être soi-même, c’est-à-dire un être singulier, porteur de différence et d’altérité. Le sujet se retrouve submergé par des censures qu’il lui vienne à la fois du dedans et du dehors. Une double confiscation par le sujet lui-même et par le collectif.

Pour Lazali, cette difficulté à amener le sujet vers une libération subjective de sa parole et de sa pensée constituait une entrave au travail analytique entrepris à Alger avec ses patients algériens. Il
y avait bien, à son sens, une destruction du collectif au plus profond des subjectivités, un entre soi du collectif et du singulier qui donne une impression de vertige, un entremêlement ou alors comme le disait l’auteure un « Tout pris dans le Tout ». Cette immense douleur éprouvée par ses patients, donnant lieu à des sentiments d’étouffement, d’asphyxie et d’inertie (Lazali, 2018, p. 16) a fait ressurgir le poids et la monstruosité des nombreuses déflagrations subies par les sujets. D’une part, les effets dévastateurs de la « colonialité » ont imprégné fortement les générations et les subjectivités laissant pour compte cette zone blanche de la mémoire et du politique. D’autre part, la barbarie des violences des années 1990 a produit à son tour un climat de terreur et de chaos où l’insensé des actes a ébranlé les frontières du social et de l’intime, laissant place aux incompréhensions et aux sentiments permanents de peur et d’insécurité.

Les individus ne sachant plus d’où viennent les censures et qui est vraiment à l’origine de ce désastre sont pris dans un flou quasi permanent, préférant aisément les chemins de la plainte, du consentement qu’à celui de la responsabilité de leur choix. Les individus semblent être sous l’emprise d’un pouvoir politique innommable et invisible qui s’incruste au plus profond de leur être.

Pour déceler ces parts invisibles de l’histoire et du politique, l’auteure se sert de la littérature algérienne d’expression française. Cette écriture a depuis longtemps usée de stratégies de détournement pour dire par le texte les impensés d’une histoire de la colonialité. Plusieurs auteurs tels que Kateb Yacine, Nabil Farès, Jean El Mouhoub Amrouche, Yamina Mechakra, Rachid Mimouni, Mansour Kedidir, Tahar Djaout et bien d’autres sont minutieusement déployés et analysés tout au long de ce travail.

Inscrit dans le champ de la psychanalyse mais faisant largement mobilisé le domaine large des sciences sociales et humaines, l’ouvrage de Karima Lazali est novateur de par sa méthode alliant l’histoire des effets du colonialisme sur le psychisme du sujet algérien à travers des œuvres de la littérature algérienne de langue française. L’auteure explique ce « montage transdisciplinaire » comme étant une approche adéquate pour traiter de la « chose » politico-subjective de la colonialité en Algérie (Lazali, 2018, p. 13). Autrement dit, la confiscation de l’histoire par le politique, l’asservissement des subjectivités et le refus du sujet algérien de s’affranchir de lui-même, de cerner sa responsabilité autant que celle du colonisateur, nécessite de mobiliser une dynamique disciplinaire constante dont la littérature de par sa fonction symbolique est fortement importante pour déceler les blancs et les impensés du fait historique (Lazali, 2018, p. 13).

De l’origine du mal

Tout à commencer, nous dit Karima Lazali, par la destruction des ancrages ancestraux, traditionnels, religieux et linguistiques de la population algérienne. Une possession violente des terres et des hommes (Lazali, 2018, p. 50) avait fait l’objet du projet colonial dès 1830. Cela a consisté à faire disparaître des tribus toutes entières par la pratique des enfumades. Une violence inouïe de cette guerre de conquête dont on parle très peu et qui a été qualifiée par les historiens en termes de « guerre d’extermination », de « guerre totale » ou de « meurtres de masse » (Lazali, 2018, p. 52). À cela s’ajoute la disparition d’un tiers de la population sous l’effet de la faim et des épidémies. Cette fabrique de la disparition et de l’effacement, caractéristique de la politique coloniale, a ébranlé les structures symboliques du vivre ensemble du peuple algérien dans ce qu’il a de plus sacré, à savoir son histoire, sa culture et sa langue.

L’élimination par le colonisateur du lien tribal, considéré comme le socle de la société algérienne traditionnelle est le lieu même où s’organisaient les structures de la parenté et de là, l’affiliation (Lazali, 2018, p. 65). Cette organisation sociale de la communauté utilisait dans les modalités de l’échange la parole donnée entre ses membres leur permettant ainsi de préserver et de transmette valeurs et traditions. Cet effacement des structures tribales bat son plein à la suite des réformes de l’administration coloniale qui a mis en place en 1882 le code de « l’indigénat ». Dans un souci d’identifier et de contrôler la population, le système traditionnel de nomination tribale de chaque individu fut changé en le remplaçant par un système de nomination civile et administrative faisant disparaître à jamais la trace des généalogies. Ce système de nomination ancestral, basé sur la filiation paternelle, liait des générations entières à la terre et à l’histoire considérée également comme propriété collective. L’ordre colonial avait pour objectif de détruire ce système de propriété et d’héritage afin de faciliter les expropriations des terres et des biens.

La pratique de la disparition du père comme référent symbolique a engendré, selon l’auteure, des catastrophes subjectives qui ont fortement marqué les sujets. Le père représentait dans le système traditionnel « l’agent médiateur entre les “ascendants” et les “descendants”, entre le monde d’ici-bas et l’au-delà, entre le visible et l’invisible » (Lazali, 2018, p.72). Cette dépossession de soi, de ce qui fait l’histoire de l’individu, a fait naître un sentiment d’offense continu qui se poursuivra bien longtemps après l’indépendance de l’Algérie.

D’une guerre à l’autre

Les effets dévastateurs de la colonisation ont laissé des traces indélébiles d’après Karima Lazali. Au moment de l’indépendance de l’Algérie et en voulant restaurer ce qui a été confisqué pendant les cent trente-deux ans d’occupation coloniale, le nouveau gouvernement de l’Algérie indépendante serait engagé dans un processus de glorification des martyres et des disparus de la guerre de libération et ce dans un esprit d’unicité et d’homogénéisation de la langue, de la religion et de l’histoire. Sur le plan des subjectivités internes, la dépossession des Algériens de leurs terres, de leurs systèmes symboliques et de leur langue a fait qu’à l’indépendance, il y a eu une volonté de récupérer et de s’approprier des espaces et des lieux occupés par les Européens pour tenter de sortir justement de ce dessaisissement de soi. Or, ce qui a été perdu ne peut être récupéré puisqu’il n’existe plus. Il en résulte une profonde aliénation des espaces intérieurs ou psychiques du sujet, une sorte de colonisation mentale qui peine à se libérer malgré la libération physique du pays, « l’impératif de remplir les espaces au plus vite est donc lié à une profonde angoisse provoquée par la persistance du sentiment de nudité et de dénuement, qui demeure inchangé malgré la libération » (Lazali, 2018, p. 118).

Le projet colonial cherchait inlassablement à détruire cette part d’altérité dans l’autre, non seulement en octroyant aux Algériens un statut d’exception via le régime de l’indigénat, mais aussi à briser ce qu’il y avait de symbolique chez les sujets singuliers. Les frontières du dedans et du dehors sont ainsi brouillées, de même la confusion s’installe entre ce qui appartient à l’individuel, au collectif et au politique.

Karima Lazali explique comment des éprouvés tels que la honte d’exister, le mépris et l’humiliation d’être considéré comme indigène sont les conséquences de la disparition du père, figure symbolique de la filiation et de la transmission des valeurs qui induisent chez les sujets « une douleur semblable à celle du mutilé» (Lazali, 2018, p. 107). Ces pratiques d’élimination et de disparition des êtres en tant que constante de la politique coloniale ont amené le mouvement nationaliste de l’époque et le pouvoir politique algérien à une quête continue de légitimité en transformant le passé colonial en un présent durable. Cela se traduit par une division au sein même du mouvement nationaliste dont l’émergence remonte bien avant l’indépendance, conduisant ainsi à des épisodes fratricides entre mouvements « frères », combattant pourtant pour la même cause, celle d’une Algérie libre et indépendante.

Ce trauma colonial issu principalement d’une guerre contre l’ennemi extérieur, le colonial, se transforma et se répondra en une guerre du dedans où les catégories de l’ennemi et de l’allié sont complètement brouillées. Ce qui constitue le familier deviendra paradoxalement l’ennemi intérieur qu’il s’agit d’éliminer pour maintenir et préserver l’unité nationale. D’après Lazali, ces mêmes pratiques se poursuivront après l’indépendance où l’exercice du pouvoir est constamment dans une recherche de légitimité réitérant à chaque fois les registres de la langue, de la religion ou de la participation héroïque à la guerre. La disparition du père pendant l’ère coloniale a constitué une effraction à l’endroit même du mémoriel marquée par l’effacement des traces. Ceci laissera à jamais des trous de mémoire difficile à combler.

Ces blancs de mémoire inhérents à la colonisation sont reconduits par le politique algérien qui impose un fonctionnement de mise sous totalité en direction de la langue, du religieux et de l’histoire. En voulant faire de l’arabe littéral la seule langue pour un peuple jadis opprimé et hanté par le colonisateur français, il n’a fait que masquer l’ordre fratricide régnant depuis longtemps par des stratégies de détournement en faisant table rase du métissage linguistique ancien des Algériens.

L’impossibilité de construire une troisième voie, celle d’un état démocratique, est alors menacée et les évènements d’Octobre 1988 qui ont conduit à de véritables déferlements. Le travail souterrain des islamistes auprès de la société et des populations fragiles a pris la place et aurait comblé les nombreuses défaillances des institutions de l’État. Face à l’ampleur de la crise économique et sociale, marquée notamment par des situations d’injustice et de hogra au quotidien, le pays se retrouve divisé entre un pouvoir politique qui avait du mal à panser les blessures du colonial et à rétablir les effractions commises au nom de la langue, de l’histoire et de l’identité, et un autre pouvoir, dit islamique, qui proclamait la violence et la terreur après avoir été écarté de la scène politique lors des élections de 1991. C’est à ce moment-là que l’Algérie a sombré dans une guerre intérieure d’une barbarie extrême où l’islamisme armé était son maître mot.

Les conséquences de ce désastre sans nom a produit un état de terreur permanent chez les individus tout autant intime que social. « L’état de terreur apparaît lorsque la terreur est identique dedans et dehors ». (Lazali, 2018, p. 207).

Mais d’un autre côté, dans ce contexte même, la loi sur la «réconciliation nationale » est adoptée afin de permettre à tous ceux qui ont emprunté les chemins du maquis de déposer les armes et de réintégrer ainsi la société

Colonialité, pouvoir et politique

En revenant sur l’histoire de la colonialité française, Karima Lazali reconstruit l’arrière-scène de la conquête française en Algérie qui, selon elle, masquerait des conflits anciens entre République française et système monarchique. L’offense qu’a connue la France suite à sa défaite face à la Grande-Bretagne en 1815 a suscité chez elle une ambition très forte de mener une politique de l’expansion en direction de certaines colonies. De même que l’histoire de Jugurtha, roi de Numidie, se sentant terriblement offensé par un éprouvé d’illégitimité, mène une guerre fratricide contre Rome en voulant accéder de manière possessive au pouvoir absolu, comme seul moyen de restaurer une légitimité au pouvoir. Tout cela s’est réalisé au prix de détournements des lois, du politique et d’impunité du crime. C’est ainsi que « la violence de l’Histoire devient la trame du présent politique » (Lazali, 2018, p. 231).

Malgré la libération obtenue, La colonialité continue à s’inscrire dans des blancs de mémoire et de paroles. Elle s’incruste au sein des subjectivités et du politique faisant usage de dessaisissement, d’effacement et de disparition. De ce fait, le politique continu à marcher sur les traces du colonial en déployant les mêmes outils et logiques comme si le lieu même des déflagrations subies à l’endroit de l’intime a engendré un refus de séparation d’avec l’esprit du colonial. L’histoire est dessaisie par le politique et certains faits sont occultés autant que toute question portant sur les responsabilités. Karima Lazali parle alors de pacte colonial en faisant référence à Frantz Fanon qui considère la position du colon et du colonisé en tant « qu’agents du système et non simples exécutants ou victimes » (Lazali, 2018, p. 250). Par la falsification des ancrages symboliques, de l’histoire et l’effacement des filiations dans l’objectif de faire disparaître la population, la destruction commise par la colonialité à l’encontre du sujet colonisé induit une fissuration au sein de son intériorité, il cherchera inlassablement à occuper son espace intérieur et donc à être dominé. La toute puissance coloniale entretient finalement une lente mélancolisation qui habite le corps social de sorte que « le sujet dessaisi est fasciné, à la fois pleinement vidé et totalement identifié à ce qui le dépossède » (Lazali, 2018, p. 252).

Selon Frantz Fanon, (Lazali, 2018, p. 249)[2] disait bien que les gouvernés ont les gouvernants qu’ils méritent et c’est en cela qu’il y a persistance d’un pacte colonial. Celui-ci est maintenu par un régime de la peur quasi permanent qui empêche de mener un travail sur la responsabilité des uns et des autres. Effacement de la mémoire, disparition des corps et dessaisissement de l’être deviennent les signifiants de ce « pacte colonial » qui semble perdurer longtemps dans l’Algérie post-coloniale et dans l’Algérie d’aujourd’hui.

Comment se libérer du spectre colonial ?

Puisant dans la littérature algérienne francophone, Karima Lazali introduit le lecteur dans un champ du possible, un espace intermédiaire où il serait permis de déjouer les censures de leur puissance et ainsi de tenter de fabriquer des traces là où l’effacement les a fait disparaître : « l’écriture sert dans la littérature algérienne de surface de passage pour les langues censurées et les rêves confisqués. Il est donc question de faire vivre dans l’écriture une altérité refusée, ailleurs, par le politique » (Lazali, 2018, p. 26).

Que ce soit dans la période coloniale, durant la guerre intérieure puis ultérieurement, la littérature algérienne pouvait rendre compte de cette part invisible de l’histoire, de l’intime et du politique. Son émergence s’est traduite par son refus de l’asservissement colonial et contre tout système à visée totalitaire. Elle raconte l’offense et la décimination du lien ancestral fondateur de la société algérienne traditionnelle. Elle s’est constituée à défaut de fabriquer de la parole et du récit, autour de ce brouillage mémoriel de l’histoire coloniale et elle lègue aux générations futures un formidable héritage et un témoignage de ce qu’a été la colonialité pour tenter enfin de panser ces blancs de mémoire.

Par ailleurs, depuis les travaux pionniers du psychiatre et révolutionnaire anticolonialiste Frantz Fanon dans les années 1950 sur les effets psychiques et politiques de la colonisation et la spécificité des traumatismes subis, peu de travaux cliniques ont été réalisés sur ces aspects particuliers de la guerre. Karima Lazali explique cela par le fait que la psychanalyse est amenée à dévoiler l’ampleur des violences coloniales et surtout à interroger la part de responsabilité des ex-colons comme des ex-colonisés, car dit-elle : « des restes de la logique coloniale survivent dans les discours, les pensées et les pratiques » (Lazali, 2018, p. 11). L’histoire individuelle autant que collective peut être construite ou reconstruite à travers le récit qu’exprimera l’analysant. Autrement dit, il s’agit de refabriquer des traces à l’endroit d’une mémoire confisquée et ainsi séparer et identifier les frontières de ce qui relève de l’individuel, du collectif et du politique.

Pour tenter de sortir de ce marasme, Karima Lazali propose de se détacher de cette occupation qu’est la colonisation. Une occupation à la fois intérieure et politique : « la colonisation, comme fait et origines historiques, est un bouchon pour le sujet et pour le politique » (Lazali, 2018, p. 252). Pour cela, un travail de subjectivation doit être entrepris, condition même de la libération du sujet de tout esprit colonial. Il s’agit alors de rendre compte réellement de cette destruction engendrée par le colonialisme, d’ouvrir des espaces de libération de la parole et enfin reconnaitre les effets de la colonialité sur plusieurs générations, y compris leur réitération dans l’Algérie postcoloniale.

Pour Karima Lazali, comme pour Frantz Fanon, la désaliénation du sujet colonisé, malgré l’obtention de son indépendance, ne peut faire liberté que si le sujet travaille à se libérer lui-même du spectre de la colonialité, c’est-à-dire à contribuer à « la production d’instruments de culture et de savoirs, à réinventer ses aliénations » (Lazali, 2018, p. 272), par le biais des productions artistiques, littéraires mais aussi par la justice et le droit à la citoyenneté (Lazali, 2018, p. 273)[3].

En somme, nous pouvons dire que la pensée de Frantz Fanon ressurgit et résonne de manière poignante dans l’ouvrage de Karima Lazali. Les paradoxes algériens dont elle parle, ceux qui existent entre l’intime et le collectif, entre un pouvoir politique, invisible et absent, et un pouvoir religieux qui lui est bien visible et omniprésent, donnent raison à Frantz Fanon lorsqu’il évoque le dilemme de l’homme opprimé. Cet homme est pris entre le désir de s’assimiler au colonisateur en épousant sa mentalité, ou bien de s’enfermer dans une sorte de mystique, ou d’imaginaire, qui masque finalement le propre de son identité, lui rappelant sans cesse son statut d’infériorité et donc d’ «indigène »[4].

Introduire de l’invention dans l’existence (Lazali, 2018, p. 273), libérer à la fois le sujet et le collectif du spectre de l’occupation, se réinventer un monde pluriel, une mémoire plurielle et de ce fait permettre à l’histoire de se penser autrement que par le politique sont les conditions même d’une libération de l’aliénation coloniale, d’un asservissement toujours actuel, il faut faire comme disait Frantz Fanon dans les Damnés de la terre « peau neuve, développer une pensée neuve, tenter de mettre sur pied un homme neuf ».

 

Notes de bas de page

  1. Karima Lazali est psychologue clinicienne et psychanalyste. Elle exerce à Paris depuis 2002 et à Alger depuis 2006. Elle a publié de nombreux articles et contributions d’ouvrages abordant les liens entre le politique, le psychisme et la parole
  2. Cette réflexion dans son ouvrage Les Damnés de la terre: « Un gouvernement et un parti ont le peuple qu’ils méritent. Et à plus ou moins longue échéance, un peuple a le gouvernement qu’il mérite. ».
  3. Nous voulons dire par là que la pensée de Fanon est fondatrice d’une conception de la liberté, génératrice d’invention dans la mesure où le sujet accepte ses propres aliénations et qu’il voit en la liberté un projet en devenir. La liberté « est fragile, c’est un réel en excès, menacé de capture par le règne de la croyance » (Lazali, 2018, p. 273).
  4. Karima Lazali (2018) démontre qu’en l’absence d’ancrages symboliques, l’intériorité du sujet se retrouve « "fissurée" et donc prête à être occupée et dominée » (p. 251). Cette fragilité mène le colonisé à s’attacher inconsciemment au trauma, perçu comme l’unique trace de son histoire. Dès lors, le sujet « se réfugie dans le registre de l’origine et du narcissisme qu’il peine à quitter » (Lazali, 2018, p. 253).

Bibliographie

  • Fanon, F. (1961). Les damnés de la terre. François Maspero.
  • Lazali, K. (2018). Le trauma colonial : Une enquête sur les effets psychiques et politiques de l'oppression coloniale en Algérie. La Découverte.
  • Memmi, A. (1957). Portrait du colonisé, précédé du portrait du colonisateur. Buchet-Chastel.  

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TENNCI, L. (2026). Les blancs de l’Algérie ou comment « panser » aujourd’hui l’héritage colonial ?. Africa - Algerian Review of African Studies, 02(03), 53–64. https://africa.crasc.dz/en/article/les-blancs-de-lalgerie-ou-comment-panser-aujourdhui-lheritage-colonial