Mot du Directeur du CRASC

Ammar MANAA (Auteur)
13 – 15
Varia
N° 01 — Vol. 01 — 27/07/2025

Voici une nouvelle revue éditée par le CRASC : Africa - Revue algérienne des études africaines. Elle réaffirme l’intérêt porté par notre Centre pour l’Afrique depuis sa création en 1992. En effet, plusieurs projets sur l’Afrique ont été montés, des projets nationaux et internationaux, ainsi que plusieurs conventions ont été signées avec des institutions universitaires et de recherche étrangères, africaines notamment. Aussi, des manifestations scientifiques, des rencontres, des journées d’études sur l’Afrique ont été organisées, en plus des ateliers de formation pour les doctorants et les jeunes chercheurs.

C’est dans le contexte de cette dynamique académique qu’il faut situer cette nouvelle initiative par la publication de la revue Africa et ce, en continuité de la tradition éditoriale sur l’Afrique dans notre Centre (dans ses revues, ses ouvrages et ses cahiers).

Cette initiative peut être située dans un contexte plus large. L’Afrique est étiquetée par de nombreux stéréotypes : catastrophes naturelles, guerres, famines, maladies... Ces images, diffusées par les médias en boucle, masquent incontestablement la diversité sociale et culturelle de ses nations, leurs innovations ainsi que leurs réalisations économiques. Elles ne reflètent pas le travail colossal des Africains pour un avenir meilleur, pour eux et pour leurs enfants. Comprendre l’Afrique demande donc le dépassement des perceptions réductrices afin de mieux reconnaître son dynamisme et sa diversité.

Cette vision stéréotypée occulte également une longue histoire de l’Afrique avec ses richesses culturelles exceptionnelles. Depuis des millénaires, l’Afrique a été le foyer de dynasties puissantes telles l’Égypte antique ou les empires du Ghana, du Mali, du Songhaï et du Grand Zimbabwe dont leurs héritages et monuments nous impressionnent encore aujourd’hui.

Faut-il rappeler aussi la sinistre période coloniale qu’a connu l’Afrique ? Une colonisation brutale caractérisée par l’exploitation économique, l’asservissement de populations locales et la transformation culturelle imposée depuis le XIXème siècle et bien avant. La résistance des Africains à cette domination n’a pas mis fin à ses séquelles, cette période laissa des cicatrices profondes, tant sur le plan humain que structurel, qui influencent encore aujourd’hui les économies et les sociétés africaines alors que d’aucuns parlent d’une « mission civilisatrice du colonialisme » !

Mais le colonialisme n’a pas été et ne sera jamais le stade suprême de l’histoire. Les aspirations des Africains à la liberté, à l’indépendance et à la souveraineté de leurs nations ont gagné en intensité après la Seconde Guerre mondiale avec la stimulation
et la détermination de leaders emblématiques tels que Kwame Nkrumah, Jomo Kenyatta, Amílcar Cabral ou Nelson Mandela. Ce processus était irréversible dans les années 1960 où de nombreux pays africains ont accédé à l’indépendance suite à des luttes pacifiques et armées. Toutefois, les difficultés étaient alors nombreuses comme celles liées à la construction et au développement national ou encore à la persistance des conflits ethniques.

Actuellement, l’Afrique fait face à de nombreux défis comme d’autres régions du monde. Malgré une grande richesse en ressources naturelles, les convoitises et les contraintes extérieures, en plus d’une gestion interne moins performante, ralentissent sa croissance et son évolution économique. Les NTIC sont évidemment importantes, elles stimulent l’innovation et relient les zones reculées, mais elles ne couvrent pas toutes les régions du continent. Au sujet des migrations, internes ou internationales, elles posent elles aussi un grand défi, doublé par des conflits fratricides, par un changement climatique implacable et par une quête légitime de conditions de vie plus convenables. Et parmi ces conditions de vie, la paix civile et la stabilité politique demeurent d’une priorité absolue pour de nombreux pays africains. Enfin, une volonté collective au niveau continental à relever ces défis et à bâtir un avenir prometteur pour les Africains a poussé à la proposition d’initiatives politiques comme l’Union Africaine et économiques comme la Zone de libre-échange.

C’est cette autre image de l’Afrique que veut refléter la nouvelle revue Africa. Une image d’un continent vivant, fort de son histoire et de sa résilience. Une revue qui met en exergue ses racines profondes, ses luttes passées et son dynamisme actuel qui font de lui un acteur incontournable de l’avenir mondial.

Editer une nouvelle revue, sur la terre africaine selon une vision africaine, voilà un défi que veut relever la revue Africa.

Nous étendons donc une invitation à tous les chercheurs, enseignants- chercheurs et doctorants qui se concentrent sur l’Afrique pour contribuer à cette nouvelle revue du CRASC. Notre appel est également ouvert aux acteurs en dehors du champ universitaire tels que les journalistes, les diplomates, les cadres d’État, les conservateurs de musées et toute personne s’intéressant à l’Afrique. La revue Africa - Revue algérienne des études africaines, est également leur revue, accueillante comme la Mère Africa.

Cite this article

MANAA, A. (2025). Mot du Directeur du CRASC. Africa - Algerian Review of African Studies, 01(01), 13–15. https://africa.crasc.dz/en/article/mot-du-directeur-du-crasc