La Révolution algérienne, passion et engagement

Yamina RAHOU (Auteur)
Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC), Oran, Algérie
25 – 36
Dynamiques africaines : racines et horizons. Tome 2: dynamiques historiques.
N° 03 — Vol. 02 — 30/06/2026

Elaine Mokhtefi, Algérienne d’origine américaine nous livre un ouvrage qui se lit comme un roman (Etcherelli, 1967)[1], alors qu’il ne s’agit pas d’une œuvre de fiction mais d’un récit autobiographique, un témoignage d’une vie dédiée aux causes justes, en l’occurrence la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. À 23 ans, en décembre 1951, Mokhtefi quitte son pays natal, les États Unis d’Amérique et atterrit à Paris. Amoureuse de la France avant même de quitter le port de Newport News en Virginie, elle s’était déjà abreuvée, comme elle note dans son livre, des œuvres de Zola, Dreyfus, Proust et Flaubert, Cézanne, Degas, Manet. Le 1er mai 1952, elle assiste à Paris au défilé des travailleurs et « soudain (…), des milliers d’hommes sont apparus (…). Ils avançaient en cadence les bras tendus, cherchant à rattraper le défilé qui se dispersait (…). Jeunes sombres, maigres et pauvrement vêtus (…). C’était des ouvriers algériens » (Mokhtefi, 2019, p. 18). Ils étaient interdits de participer au défilé à cause de leur revendication pour l’indépendance de l’Algérie.

Une année après, lors du défilé du 14 juillet à Paris, la police française réprime violemment les manifestants algériens, « blessant des centaines et tuant sept d’entre eux » (Mokhtefi, 2019, p. 18). Dès lors, Mokhtefi découvre la réalité des peuples colonisés et l’image réelle de la France. C’est pour elle un vrai désenchantement qui lui rappela les conditions de ségrégation des afro-américains. Ainsi, « le fameux égalitarisme français était une chimère : la célèbre devise - Liberté, Egalité, Fraternité - était en berne. Le colonialisme et le racisme (…) les deux piliers du pouvoir et de la suprématie » (Mokhtefi, 2019 p. 19). Ces deux événements ébranlent la conscience de la jeune américaine sur le pays des « lumières ». Une conscience marquée par l’antisémitisme qui frappait les juifs et le racisme qui touchait les noirs dans son pays.

Son engagement n’est pas le fruit du hasard, sa conscience militante, son intelligence ont été forgées au prisme des discriminations et de l’injustice qu’elle a rencontrées au cours de son enfance et de sa vie au campus de l’université dans le sud de l’Amérique.

Son éveil l’amenait très jeune à contester l’ordre établi et à s’impliquer dans les luttes. Durant l’été 1951, elle dénonçait déjà le racisme lors du Congrès mondial de la jeunesse (WAY) tenu dans son pays. A vingt ans, Elaine était à la tête de la branche étudiante de « United World Federalist », un mouvement mondialiste militant pour la justice sociale, la fin du colonialisme, la paix et l’entente entre les nations dans le monde. Elle y a milité jusqu'à ce que cette branche soit écartée de l’organisation car jugée trop à gauche. C’était le contexte du maccarthysme et de la chasse à tout ce qui se rapprochait des idées communistes.

Mokhtefi a fait ses études au Latin American Institute de New York et maîtrise l’Espagnol. A Paris, elle va apprendre le français sur le tas. A son arrivée, elle travaille dans une agence d’architecture franco-américaine. Ensuite, elle va exercer la fonction de traductrice ou interprète pour des conférences internationales des organisations affiliées à l’ONU et pour le compte des rencontres de jeunesse.

L’Afrique, une révolution en marche

En 1960, elle organisa le Congrès international de l’assemblée mondiale de la jeunesse (WAY) à Accra (Ghana), pays nouvellement indépendant. A cette occasion, elle fait le tour des capitales africaines, celles du Togo, le Dahomey (le Benin actuellement), la Guinée, le Sénégal, le Mali et l’Afrique occidentale. Lors de ce périple, elle fut témoin des turbulences que vivait le continent africain et les menaces qui pesaient sur les jeunes États indépendants par les « suppôts » locaux des puissances coloniales, dont l’exemple fut la République démocratique du Congo dirigée à cette époque par Patrice Lumumba[2]. La décolonisation était une question primordiale, en l’occurrence celle de l’Algérie qui menait une guerre d’indépendance contre la quatrième puissance mondiale de l’époque. Lors de cette conférence, elle fit la rencontre de deux représentants de l’Algérie, Frantz Fanon, ambassadeur itinérant du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) en Afrique, et Mohamed Sahnoun, représentant de l’Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (UGEMA). Ils collaboraient ensemble pour passer des résolutions dénonçant le colonialisme en Algérie, la Palestine, l’Afrique du Sud et la Chine, qui à l’époque n’était pas admise à l’ONU. De cette rencontre, des liens très forts sont tissés. Dès lors, elle s’engage et épouse la cause de la Révolution algérienne. En septembre 1960, elle retourne à
New York et intègre le bureau algérien chargé des relations avec les Nations Unies et les délégations onusiennes, bureau dirigé à l’époque par Abdelkader Chanderli, ancien chef de département de l’UNESCO, journaliste expérimenté et polyglotte, avec comme adjoint Raouf Boudjakdji, futur ambassadeur de l’Algérie indépendante en Inde et un des artisans du groupe des « 77 »[3].

Le bureau algérien était « une petite structure qui produisait des résultats étonnants, surtout comparée à la mission diplomatique française et ses 93 employés, auxquels s’ajoutait le personnel de l’ambassade à Washington » note-t-elle (Mokhtefi, 2019 p. 36). Ses membres étaient quatre à lutter pour peser dans le débat annuel sur la question algérienne à l’Assemblée générale des Nations Unies. En 1961, une résolution condamnant la France et appuyant l’indépendance de l’Algérie fut adoptée à 63 voix contre zéro et 38 abstentions, dont celle des États Unis.

Le bureau algérien de New York était une fourmilière, un lieu de contact et de rencontre des journalistes, des associations et des agences américaines, des émissaires et personnalités du monde. Il servait aussi de lieu d’échanges et de formation pour des jeunes des mouvements de libération à l’instar du représentant de l’Union populaire de l’Angola, présidé par Holden Robert. Ce bureau constituait la base avancée au niveau international car la lutte de libération nationale se menait aussi sur le terrain de la diplomatie mondiale. Elaine n’avait pas de salaire fixe, juste un pécule. Un fait important est également souligné, celui du soutien et de la solidarité des quelques membres de la communauté algérienne vivant ou de passage aux États Unis, tel l’exemple des marins algériens arrivant à New York sur des bateaux marchands ramenant de l’argent et de la nourriture locale (merguez) et celui des marins irlandais partisans de l’IRA travaillant sur des bateaux britanniques. La résistance et la solidarité étaient multiformes.

Relatant son vécu parmi les Algériens, elle écrit : « pour eux, j’étais une Américaine qui parlait français. Le fait que j’étais issue d’une famille juive ne me définissait pas » (Mokhtefi, 2019 p. 43) et évoquant les attitudes des militants, elle ajoute

« J’étais à l’aise avec les Algériens. Ils étaient affectueux et généreux, c’étaient des combattants, leur sensibilité me touchait. Comme eux, je me voyais comme une Américaine pas une Américaine juive ou une juive américaine ».

Ce fait, souligné par Mokhtefi, révèle le caractère universel de la lutte de libération nationale indépendamment de l’appartenance religieuse, ethnique ou autre.

L’Algérie, un pays à reconstruire

L’Algérie était dépourvue de cadres et de compétences. Sur 10 millions d’habitants, il y avait plus de 90 % d’analphabètes, 1500 étudiants et 500 diplômés. Indépendant, le pays s’engageait dans la reconstruction nationale et accueillait des cadres des différents pays progressistes du monde et des cadres français, médecins professeurs soutenant l’indépendance du pays.

Après quelques mois passés à l’Office National du Tourisme (ONAT), Mokhtefi est témoin de pratiques autoritaires. À l’ONAT, deux membres du personnel, militantes du FLN, affichent une annonce pour une réunion afin d’élire des délégués syndicaux. L’affiche est enlevée. Rahmoune Dekkar, secrétaire général de l’Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) débarque en personne pour nommer ceux qui allaient les représenter.

Grace à une rencontre avec Cherif Guellal, elle intègre le bureau de presse de la présidence de Ahmed Ben Bella tenu par celui-ci, qui quelques mois après en 1964, est nommé premier ambassadeur de l’Algérie à Washington. Cependant, avec la venue d’un chef de cabinet à la présidence, plus conservateur, elle sera mutée au Secrétariat d’État, car selon ce fonctionnaire « la présence d’une américaine n’était pas convenable » (Mokhtefi, 2019 p. 77).

Ce transfert dura quelques temps, puis elle rejoint l’APS (Algérie Presse Service) grâce à Ahmed Laidi[4] où elle exerce comme journaliste et constitue le desk anglais. Ses écrits sont repris par les prestigieux titres internationaux. En 1968, elle travaille pour la Radiotélévision Nationale (RTA) et réalise plusieurs émissions pour la chaine francophone dont une interview avec le célèbre joueur brésilien Pelé qu’elle encouragea à se prononcer contre la guerre américaine au Vietnam.

A la fin de l’année 1968, elle est sollicitée par Mohamed Seddik Benyahia, ministre de la Culture et de l’Information et intègre le groupe préparant le Festival culturel panafricain. Ce fut un événement grandiose organisé en juillet 1969 sous les auspices de l’Organisation de l’Unité africaine et qui vit la participation d’illustres artistes et groupes de musique africains. Ce fut un moment d’expression et d’effervescence exceptionnelles de la culture africaine : danses populaires, expositions, séminaires, défilés des délégations des différents pays d’Afrique avec des costumes traditionnels, etc.

En novembre de la même année, Elaine s’attelait avec une équipe[5] au lancement d’une revue internationale dédiée aux problèmes du Tiers-monde et patronnée par le ministère de l’Information. Elle devait porter le nom Sud en « opposition au Nord colonialiste et impérialiste » (Mokhtefi, 2019 p. 165). Le projet n’a pas survécu au départ du ministre vers le Ministère de l’Enseignement supérieur. Le nouveau chef du cabinet au Ministère de l’Information exigea pour le lancement de la revue, le départ d’Elaine. La réponse fut que toute l’équipe démissionna par solidarité. Elaine raconte que dès son arrivée, le directeur du cabinet réunit l’équipe et s’adressa à eux en arabe littéraire, alors qu’il parlait parfaitement le français, sachant qu’elle et Zohra Sellami, de mère française, ne comprenaient pas le contenu, d’autant plus, la revue devait paraître en français. Ce détail augure la politique linguistique d’arabisation que connaitra le pays à cette époque. En septembre 1972, elle rejoint l’école de journalisme comme professeur.

L’Algérie, « la Mecque des révolutionnaires »

En 1962, dès l’indépendance reconquise, l’Algérie devient la maison internationale des mouvements de libération nationale et le lieu de rencontres des militants indépendantistes. « Il y eut entre 25 et 30 mouvements de libération établis à Alger après 1962 » (Jollet et al., 2019), du mouvement de libération de l’Angola (MPLA) et des autres colonies portugaises du FRELIMO du Mozambique, de Guinée Bissau et Cap-Vert, de la Zambie, de l’ANC de l’Afrique du Sud, du Viêt-Cong du Front national de libération du sud Vietnam et des organisations de libération de la Palestine. Des militants de l’Amérique centrale, du Venezuela, du Guatemala, du Honduras, du Salvador, de l’Argentine, du Brésil, du Nicaragua. Il y avait aussi des exilés opposants à Franco en Espagne, à la dictature de Salazar au Portugal et des Canadiens français pour le Québec libre (Jollet et al., 2019).

Alger la capitale est devenue le carrefour et le port d’attache de tous les mouvements de libération et des militants antifascistes de cette époque, ce qui fait dire à Amilcar Cabral dirigeant du PAIGC, le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, la fameuse phrase : « les chrétiens vont au Vatican, les musulmans à la Mecque et les révolutionnaires à Alger » (Jeune Afrique, 2017).

Les Blacks Panthers à Alger

En juin 1969, Mokhtefi est informée par Charles Chikerema, représentant local de l’Union du peuple africain du Zimbabwe, de l’arrivée d’Eldridge Cleaver à Alger. Ce dernier était « ministre de l’Information » des Black Panthers. Il sollicite son aide pour contacter les autorités algériennes. Elle sera ainsi face à de nouveaux événements qui jalonneront son parcours de vie. Forte de ses liens avec les autorités algériennes, Elaine prend attache avec Slimane Hoffman, chef du bureau FLN chargé des Mouvements de libération nationale. Dès lors, elle leur sert d’interprète, de carnet d’adresses, d’agenda pour leur installation en Algérie. Quelques temps après, elle sollicite M’hamed Yazid, négociateur des accords d’Evian et représentant du FLN à l’ONU, et réussit à leur décrocher un statut octroyé aux organisations des pays en lutte et des mouvements de libération accrédités à Alger. Eldridge Cleaver est rejoint par d’autres membres des Blacks Panthers et Alger devient le lieu de la section internationale des BPP. Mokhtefi, anticolonialiste, participe avec Kathleen Cleaver, au cours d’une tournée aux USA, à faire connaitre la lutte des peuples africains dans les campus universitaires.

Dans ces mémoires, elle témoigne des activités menées et des soubresauts qui ont jalonné le séjour d’Eldrige et ses compagnons en Algérie jusqu’à leur départ du pays en 1973. De ce parcours avec la section internationale des Black Panthers à Alger, Mokhtefi dresse un tableau de la personnalité de Eldridge et de ses rapports avec les membres de son parti et de leur position par rapport à la drogue dont elle consacre un chapitre intitulé : Timothy et Rosemary Leary[6]. Elle témoigne que les autorités algériennes n’ont pas été complaisantes avec les détournements d’avion car ne voulant pas entacher leur image par des actions de piraterie aérienne. Elles (les autorités algériennes) ne se sont jamais ingérées dans leurs affaires internes même si elles ont accordé villas et subventions et billetterie au BPP.

Mokhtefi « priée » de quitter l’Algérie

Mokhtefi était amie et collègue de Zohra Sellami, cette dernière devient l’épouse du Président Ahmed Ben Bella. De par ses relations, Elaine est sollicitée pour fournir des informations à son sujet, ce à quoi elle s’oppose. De là, ses ennuis commencent. Elle sollicite l’aide du ministre Benyahia qui l’assure qu’elle ne ferait plus objet d’inquiétude. Mais point de répit, elle sera de nouveau interpelée. Et malgré les interventions de hauts fonctionnaires de l’État, elle est expulsée du pays le 29 janvier 1973 à destination de Paris, là où elle était interdite de séjour, laissant derrière son compagnon (Mokhtefi, 2016), ancien membre de l’ALN. Ce dernier, exacerbé et meurtri dans son âme, démissionne de son poste et la rejoint à Paris. Selon lui, « l’Algérie marchait à grands pas vers une prise en main totalitaire. Le soutien critique, mot d’ordre des progressistes était un leurre qui deviendrait le carburant de la réaction » (Mokhtefi, 2019 p. 235). Ainsi, le couple tente de reconstruire sa vie à Paris grâce au soutien de leurs amis et camarades. Les deux entreprennent des démarches auprès des autorités françaises, Elaine obtient la levée de l’interdiction de séjour et finit par régulariser sa situation grâce à l’intervention de Hervé Bourges[7]. À Paris, elle continue à militer pour la libération de la Palestine. En 1994, le couple s’installe aux États Unis.

L’expulsion d’Elaine Mokhtefi, militante anticolonialiste qui a travaillé avec les brillants diplomates algériens et qui avait accès aux hauts fonctionnaires de l’État à cette époque, constitue un évènement demeuré méconnu. Cela nous renseigne sur les pratiques occultes du pouvoir d’alors.

La question qui se pose : faut-il attribuer cela à des actions et des attitudes individuelles isolées de certains selon les rapports de force du pouvoir du moment ? En tout cas, cet état de fait nous renseigne sur le processus de construction du jeune Etat algérien, d’où la nécessité de sa consolidation par des institutions qui fonctionnent selon les règles de l’État de droit.

Son compagnon, Mokhtar Mokhtefi disait, suite à l’expulsion d’Elaine, qu’il fallait un nouveau mouvement insurrectionnel progressiste pour que la pensée et les processus démocratiques aient cours (Mokhtefi, 2019 p. 234). En fait, le changement est un long processus à mener.

En épousant Elaine, Mokhtar Mokhtefi, fidèle à son amour, sauve la face et préserve l’honneur de l’Algerie et souligne la reconnaissance des Algériennes et Algériens pour son combat et sa lutte pour la cause algérienne.

Mokhtefi, retour au pays de la révolution

Elaine est de retour au pays 44 ans plus tard et affirme lors de la présentation de son ouvrage au CRASC le 6 novembre 2019 qu’en voyant le hirak et les manifestants dans les rues d’Alger, c’était pour elle comme une étincelle, une Révolution.

Enfin, malgré toutes les vicissitudes de sa vie, Elaine Mokhtefi a fait preuve de résilience, elle a cette force de ressurgir après avoir touché l’abîme. Cette résistance serait-elle le résultat de sa vie d’enfance, de ses privations et des dures épreuves vécues par ses parents où les chocs subis sont à chaque fois surmontés ? Résultat de sa vie auprès de valeureux militants algériens, souvenirs tristes
et heureux à la fois, font qu’Elaine réémerge debout sans rancune par conviction et par amour pour son pays d’adoption, l’Algérie, confie-t-elle : «C’était la période la plus magnifique et passionnante de ma vie. J’en suis très fière. Fière d’avoir travaillé au bureau algérien de New York, puis d’être partie pour l’Algérie. Je n’en veux à personne. Je suis heureuse de cette partie extraordinaire de ma vie » (Meziani, 2019).

Conclusion

À 91 ans, Mokhtefi a cette forte capacité de mémorisation. Elle cite plusieurs personnages, nous povons dénombré plus d’une centaine de noms. Elle dépeint les détails des événements, des rencontres et des ressentis avec précision. Certaines personnes ne sont pas citées nommément car protagonistes de l’histoire et sont encore en vie au moment de la publication de son livre. S’agit-il d’un oubli ? Et pour préciser, c’est le cas d’Ahmed Taleb Ibrahimi, ministre de l’Information et de la Culture au moment de son éviction de son poste et l’arrêt du projet d’édition d’une revue francophone consacrée au Tiers monde. Et là, réside la différence entre le travail de l’historien et le témoignage d’une actrice de sa propre histoire. Cet ouvrage peut constituer un document d’étude et une clé d’investigation et de recherche de l’histoire contemporaine de notre pays, car très riche en personnages ou épisodes souvent méconnus, occultés ou glorifiés.

À travers son récit, Mokhtefi nous démontre que le génie des hommes et des femmes de la Révolution algérienne s’inscrivait dans les valeurs universelles, celle de l’humanisme et du respect des différences. Le recouvrement de la dignité humaine est le socle commun de toute l’humanité. La Révolution avait une portée continentale, voire internationale. Elle s’inscrivait dans le projet libérateur et émancipateur que se partageaient les différents peuples du monde. Il nous révèle aussi que les pratiques autoritaires, les étroitesses religieuses, ethniques linguistiques, véritables enjeux de pouvoirs et de dominations étaient hélas ! à l’œuvre dans l’Algérie post-indépendante. Et là, la réalisation des idéaux de la Révolution qui a nourri les rêves de justice, de liberté et d’égalité des hommes et des femmes indépendamment de leurs origines ou leurs croyances, demeure encore inachevée.

L’ouvrage composé d’un Avant-propos, de huit chapitres et d’une post-face mérite d’être utilisé comme outil pédagogique en littérature et en histoire au profit des jeunes générations de la rive Sud comme ceux de la rive Nord comme l’a été pour nous, jeunes lycéens de l’Algérie post-indépendante, le roman Germinal de Emile Zola qui nous éveillait aux réalités de l’exploitation humaine en France, L’incendie et La grande maison de Mohamed Dib, et plus récent, Chicago ou L’immeuble Yacoubian de l’égyptien Alaa Al Aswany ou La vie et demie du Congolais Sony Labou Tansi.

Notes de bas de page

  1. Claire Etcherelli autrice du roman Élise ou la Vraie Vie. Elise, jeune ouvrière française, tombe amoureuse de son collègue Arezki qui est aussi militant pour l’indépendance de l’Algérie. Ce dernier est arrêté par la police. Elise témoigne de cette relation et du climat de racisme et de discrimination en France à l’égard des Algériens. Ce livre a été adapté au cinéma en 1969.
  2. Moise Tschombe séparatiste, soutenu par les militaires belges, déclara l’indépendance de Katanga province très riche en minerais.
  3. Future organisation des pays non alignés.
  4. Conseiller d’Ahmed Ben Bella, devenu diplomate.
  5. Equipe composée de Zohra Sellami, qui deviendra l’épouse de Ben Bella, et de Behja Bensalem, chapeauté par Mahmoud Tlemsani.
  6. Timothy Leary, psychologue américain grand chantre du LSD.
  7. Partisan de la cause algérienne, ex. conseillé particulier d’Ahmed Ben Bella.

Bibliographie

  • Etcherelli, C. (1967). Élise ou la vraie vie. Denoël.
  • Jollet, A., Dreure, É., & Daumas-Martin, É. (2019). Une Américaine engagée en Algérie. Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique, (143). https://doi.org/10.4000/chrhc/12161
  • Mokhtefi, E. (2019). Alger, capitale de la révolution : De Black Panthers à la fête de l'indépendance (D. Letellier, Trad.). La Fabrique.
  • Mokhtefi, M. (2016). J’étais Français-Musulman : Itinéraire d’un soldat de l’ALN. Barzakh.
  • Jeune Afrique. (2017, 20 janvier). Hommage : dix citations de Amílcar Cabral sur la libération de l'Afrique. https://www.jeuneafrique.com/384772/politique/hommage-dix-citations-de-amilcar-cabral-liberation-de-lafrique/
  • Soudan, F. (2017, 20 janvier). Hommage : dix citations de Amilcar Cabral sur la libération de l’Afrique. Jeune Afrique. https://www.jeuneafrique.com/384772/politique/hommage-dix-citations-de-amilcar-cabral-liberation-de-lafrique/
  • Meziani, A. (2019, 23 juin). Elaine Mokhtefi (91 ans), militante de la révolution algérienne : « On ne désespérait pas, on croyait à notre combat ». El Watan. https://www.elwatan.com/edition/culture/elaine-mokhtefi-91-ans-militante-de-la-revolution-algerienne-on-ne-desesperait-pas-on-croyait-a-notre-combat-23-06-2019

Cite this article

RAHOU, Y. (2026). La Révolution algérienne, passion et engagement. Africa - Algerian Review of African Studies, 02(03), 25–36. https://africa.crasc.dz/en/article/la-revolution-algerienne-passion-et-engagement