Présentation

- LE COMITÉ DE RÉDACTION D’AFRICA (Auteur)
21 – 24
Varia
N° 01 — Vol. 01 — 27/07/2025

Ce premier numéro de la revue Africa, éditée par le Centre de Recherche en Anthropologie Sociale et Culturelle (Oran - Algérie), explore quelques aspects qui font débat actuellement sur l’Afrique
et renvoient à certains événements de son histoire. Dans cette édition inaugurale, le contexte actuel nous incite aux questionnements que soulèvent des problématiques majeures telles que, par exemple, l’écriture des événements historiques ou les rapports inter-régionaux au niveau continental et à l’échelle internationale.

En premier lieu, et s’agissant du domaine de la santé en Afrique, Mostefa Khiati aborde une pluralité de problèmes, des problèmes du financement, des infrastructures, de transition épidémiologique, des difficultés d’accès aux soins et du management des maladies infectieuses. Ses explorations de la situation particulière du continent en général rapportent les circonstances qui « exacerbent les problèmes de sécurité alimentaire, de la fréquence des catastrophes naturelles et la propagation de maladies telles que le paludisme et la malnutrition ». Il met ainsi en exergue des occurrences et autres conjonctures du contexte face aux risques de l’altération des médicaments, de l’affaiblissement du système immunitaire et de la disparité géographique des infrastructures de santé. Les tensions sanitaires éprouvées font face à des facteurs aggravants que l’auteur décrit en termes de « croissance de la population et de l’urbanisation, la multiplicité des écosystèmes délétères, la transition épidémiologique et les changements climatiques ». Une telle situation perpétue en ce sens de nombreux défis pour affronter notamment les maladies infectieuses propres à l’Afrique et médiatisées à l’échelle mondiale (VIH/SIDA, paludisme, tuberculose, fièvre Ebola,…). Sur la base d’une investigation combinant données institutionnelles et observations des faits, l’analyse met en perspective la nécessité de prendre en compte les spécificités des sociétés africaines pour promouvoir son bien-être en matière de santé. Au-delà de l’aide internationale, s’agissant de la prise en charge du milieu sanitaire, les approches préconisées recommandent de considérer « le vécu de l’individu africain, l’implication des médecines complémentaires utiles et des moyens locaux ». Il conviendrait en somme d’échafauder des fonctionnements basés sur « un engagement continu et une collaboration étroite entre les différents acteurs de la santé ».

Au chapitre de la problématique des migrations, d’une part,
Sidi Mohammed Mohammedi consulte les modalités pour repenser la migration en Afrique et plaide « Pour un nouveau paradigme sur les migrations africaines » ; d’autre part, Nassera Guezzen Azizi interroge un pan des sociétés maghrébines axé sur le « célibat féminin » en tant que « déclencheur des migrations internationales ».

La première contribution est issue d’un rapport important publié en 2020 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) sur la migration en Afrique. Divers organismes y ont collaboré y compris la Commission de l’Union Africaine, des départements gouvernementaux suisses et américains, et des institutions onusiennes comme l’OMS, l’UNICEF et l’OIT. Ce rapport aborde diverses thématiques telles que la migration irrégulière, les déplacements internes, la migration et l’urbanisation, et la migration de main-d’œuvre. Il se distingue par sa volonté de remettre en question le récit occidental dominant sur la migration africaine qui est souvent focalisé sur la migration irrégulière et les traversées dangereuses de la Méditerranée. En réalité, l’examen des données montre que cette migration irrégulière ne représente que 15 % de l’ensemble de la migration africaine, tandis que 85 % des migrants effectuent des activités transfrontalières régulières, ayant un impact positif sur leurs pays d'origine. Ce rapport fait appel à la construction et à la consolidation d’un nouveau récit africain sur les migrations, remplaçant l’optique occidentalo-centriste par une perspective plus juste et représentative de la réalité africaine. Dans cette perspective, un changement de vision est sollicité appelant les politiques publiques africaines, entre autres, à se recentrer sur les intérêts africains et à produire un système d’information fiable sur ces migrations.

L’autre contribution, basée sur des enquêtes à l’échelle maghrébine, développe le processus qui déclenche et favorise la migration (causes, impact de l’éducation, âge au mariage...). Principalement axée sur différentes catégories de femmes (diplômés, divorcées…), N. Guezzen-Azizi montre qu’elles représentent une menace pour l’ordre sexué et les schémas décisionnels traditionnels. L’exclusion sociale qui en découle amène ces femmes à se considérer comme déviantes et à opter pour la migration. Ce comportement, jugé déviant par la société, peut être perçu comme une fuite pour échapper à ses contradictions et difficultés. La migration féminine est perçue comme étant à la fois une opportunité de libération et un moyen de renforcer les attentes sociales, selon les contextes et les expériences individuelles. Cette migration féminine maghrébine est-elle comparable à d’autres migrations féminines issues d’autres régions de l’Afrique ? Voici une piste de recherche que peut susciter cet article.

L’article de Ammara Bekkouche, intitulé « Les représentations de l’Afrique à travers la philatélie algérienne », montre comment l’Algérie utilise la philatélie pour symboliser sa lutte contre l’oppression et l'exploitation coloniales. En raison de son appartenance géographique et historique au continent africain, cette région partage une histoire commune avec les autres pays africains. Les timbres produits traduisent l’engagement de l’Algérie à s’arrimer aux stratégies d’évocation pour un monde meilleur et l’aspiration à la paix à l’échelle internationale. Ainsi l’image de l’Afrique apparaît sur de nombreux timbres algériens, évoquant la solidarité, le panafricanisme et les activités culturelles et sportives africaines. Les thèmes représentés renvoient à diverses célébrations algéro-africaines pour l’indépendance et le développement, à la culture de la paix entre les peuples, à des événements sportifs communs (Dakar 1963, Brazzaville 1965, Lagos 1973, Alger 1978) et à la sécurité. Finalement, la coopération algéro-africaine pour l’environnement et le développement s’est concrétisée depuis 1976 lors de la 2ème foire commerciale panafricaine tenue à Alger.

Enfin, l’article de Mesbah El-Hadjlaoui, intitulé « La présence de la question palestinienne dans la diplomatie tunisienne envers l’Afrique subsaharienne (1965 - 1987) », s’attache à révéler une composante qu’il qualifie de délicate concernant la position du président Bourguiba vis-à-vis de la question palestinienne. A partir des archives et des débats de l’époque, il développe une analyse des faits sous l’angle de la politique étrangère de la Tunisie envers l’Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, l’examen des aspects procéduraux et des ramifications induites montre que le président Bourguiba considérait l’activité diplomatique comme étant un élément crucial de la stratégie global dans le conflit arabo-israélien. Ces différentes contributions à ce premier numéro de la revue Africa donnent une idée sur les attentes du Comité de lecture et du CRASC en général en lançant cette nouvelle revue dédiée à l’Afrique. En abordant différentes thématique, en optant pour la pluridisciplinarité et la dimension critique, la revue Africa est ouverte aux différents publics désireux d’approfondir leurs connaissances et découvrir de nouvelles perspectives sur l’Afrique du point de vue des Africains en premier lieu. Elle adresse son appel autant aux chercheurs, enseignants universitaires et doctorants qu’à tout autre contributeur s’intéressant aux questions africaines.

Comité de lecture

Cite this article

LE COMITÉ DE RÉDACTION D’AFRICA, (2025). Présentation. Africa - Algerian Review of African Studies, 01(01), 21–24. https://africa.crasc.dz/en/article/presentation